Les anges de l'astrologie de la cathédrale de Chartres

 

Lors du traditionnel Te-Deum de remerciement qui clôturait la journée du 1er janvier 2002, le pape Jean-Paul II crut devoir mettre en garde les amateurs d’horoscope pour la simpliste raison que "Jésus, de son vivant, n’aurait jamais satisfait à la curiosité de savoir son avenir" et exhorta les fidèles "à ne pas chercher inutilement à connaître ce qui est réservé à Dieu".

Christ portail centralLe Christ au portail central ouest
avec un des anges de l'astrologie à sa droite

 

Le lendemain, le journal France-Soir relaya les commentaires de Monseigneur Antonelli archevêque de Pérouse, qui surenchérit en précisant que cette condamnation dénonçait notamment les astrologues, les mettant ainsi au même niveau que les cartomanciennes, les diseurs de bonne aventure, le spiritisme, le satanisme et la sorcellerie. En France, c’est Jacques Arnould au nom de l’église catholique de France, qui relaya le message en affirmant "que pratiquer l’astrologie s’inscrivait contre la foi en Dieu, créateur de l’univers et de l’humanité".

En tant que théologien et dominicain tout comme le très respecté saint Thomas d'Aquin, peut-être cet éminent homme d'église aurait-il pu cependant se souvenir avant d'être aussi catégorique, que son illustre prédécesseur fut en son temps un ardent défenseur de l'astrologie. Est-il également nécessaire de préciser que ce dernier avait reçu cet enseignement de son professeur, saint Albert le Grand. Ce dominicain allemand, grand érudit et autorité ecclésiastique du XIIIème siècle communément appelé "le docteur universel", fut d'ailleurs un des premiers à tenter de dresser le thème astrologique de naissance du Christ.

Malgré tous les arguments que ces théologiens crurent devoir mettre en avant, de nombreuses églises abritent de multiples œuvres d'art glorifiant la dimension sacrée de l'astrologie, contredisant ainsi à leur manière la position officielle de l'Eglise actuelle. Considérée comme un des fleurons de l'art gothique, Notre Dame de Chartres est très certainement une des cathédrales qui symbolise le mieux cette contradiction.

 

 

"Dieu peut révéler l’avenir à ses prophètes ou à d’autres saints. Cependant l’attitude chrétienne juste consiste à s’en remettre avec confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à abandonner toute curiosité malsaine à ce propos. Toutes les formes de divination sont à rejeter(…) La consultation des horoscopes, l’astrologie, la chiromancie, l’interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec l’honneur et le respect mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul."

Catéchisme de l'Église catholique publié en 1992

 

"Aucun astrologue savant n'a jamais enseigné le fatalisme astral car bien comprise, l'astrologie est compatible avec le christianisme."

Saint Albert le Grand, provincial dominicain puis évêque de Ratisbonne au XIIIème siècle

deux premiers angesGros plan sur les deux premiers anges tenant un astrolabe

 

 ange astrologie

L’ange de l’astrologie
se tenant à la droite du Christ

Ses nombreux visiteurs peuvent en effet admirer parmi tant d'autres, le vitrail du zodiaque au sommet duquel siège un Christ siégeant en tant que régent de l'univers. Juste en face, ils sont invités à découvrir dans le jubé, une horloge astrologique commandée par les chanoines de la cathédrale au XVIème siècle dont la particularité est de présenter les divers aspects astrologiques (sextile, carré, trigone, opposition) pouvant se dessiner symboliquement entre le soleil et la lune quand ces astres parcourent le zodiaque. A l'extérieur, les portails ouest et nord présentent leurs signes du zodiaque sans compter l'horloge du soleil qui égrène le temps qui passe au pilier nord de la cathédrale. Bien peu de touristes s'attardent cependant au portail des arts libéraux pour y admirer une statue de l'astrologie malheureusement fort abîmée de nos jours (à tort dénommée l'astronomie qui n'apparut qu'au au XVIIème siècle).

Quasiment personne ne s'arrête par contre au portail central pour admirer les anges de l'astrologie qui accompagnent pourtant un Christ en gloire entouré par les quatre évangélistes. Cinq anges y tiennent en effet entre leur mains un astrolabe, symbole de l'astrologie. C'est le moine Gerbert d'Aurillac qui fit connaître son usage à l'Occident en rédigeant un traité dont la notoriété donnera un nouvel élan de l'astrologie en enthousiasmant le clergé séculier de l'époque. Signifiant "instrument pour prendre la hauteur des astres" en grec, cet outil semblable à une petite horloge portable permit aux astrologues du Moyen âge de relever la position exacte des planètes sur la voûte céleste ainsi que les signes du zodiaque transités par le soleil et la lune.

Avant de devenir évêque puis cardinal, Gerbert d'Aurillac fut le professeur particulier de Fulbert, futur évêque de la cathédrale de Chartres et fondateur de l'école où seront enseignés les sept arts libéraux dont l'astrologie.

Il n'est donc pas surprenant de trouver des anges prônant la pratique de l'astrologie au portail de la cathédrale. Gerbert d'Aurillac avait en effet encouragé le clergé de son temps à pratiquer l’astrologie et à étudier les doctrines grecques ou les sciences arabes comme la magie et l’alchimie après être devenu le premier pape français en l'an 999 sous le nom de Sylvestre II. Dès lors, les signes du zodiaque réapparaîtront progressivement aux tympans de certaines églises romanes puis aux portails des cathédrales.

Christ et

Les quatre anges de l'astrologie
présents à la gauche du Christ


Le message secret des anges de l’astrologie

(à lire de bas en haut)

vous vous reconnaîtrez à la ressemblance de Dieu affirme le quatrième.

et en méditant vos compréhensions dans le cœur suggère le troisième,

faîtes de l’astrologie, conseille le second en montrant son astrolabe,

Si vous voulez vous relier au Monde spirituel dit le premier en levant sa main vers le ciel,

les quatre anges

 

Bien peu de gens savent de nos jours que l'astrologie fut enseignée dans de nombreuses écoles chrétiennes jusqu'à la Renaissance dont les plus célèbres furent l'école de Chartres en France et l'université catholique de Salamanque en Espagne. En dernière année d'un cycle de sept ans, l'astronomie et l'astrologie étaient étudiées grâce aux traités de Ptolémée, de Gerbert d'Aurillac archevêque de Reims et d'Isidore évêque de Séville. Les étudiants accédaient ainsi à la connaissance des étoiles en cherchant à comprendre le mouvement des planètes mais ils découvraient également la constitution du Monde spirituel.

En complément à la transmission classique de la science des astres, l'école de Chartres proposait en plus à ses élèves, une vie méditative pour qu'ils vivent des expériences en relation directe avec le monde divin indépendamment de tous les dogmes religieux en vigueur à l'époque. Chacun apprenait ainsi à ressentir les influences particulières que les entités spirituelles des différentes sphères planétaires offrent à l'être humain tout en disposant de nombreux manuscrits qui servaient de support au chemin d'évolution intérieure pour accéder à des états de conscience supérieurs. Parmi ces ouvrages majeurs, on trouve Le songe de Scipion écrit par Cicéron et La Hiérarchie céleste de Denys l'Aréopagite proposant des connaissances sur le monde divin et les neuf hiérarchies spirituelles. Les écrits de l'évêque de Quimper, Bernard Silvestre, étaient également considérés comme des ouvrages majeurs pour l'étude de l'astrologie et le Christ y figurait en bonne place, représenté comme le maître de la roue céleste et le régent du zodiaque.

Si le fait de pratiquer l'astrologie avec moralité et dans le respect du sacré était donc chose courante et naturelle à cette époque, pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui ? Contrairement aux fausses idées reçues répandues par l'Eglise actuelle, cette discipline emplie de sagesse n'a en effet rien à voir avec la divination ou la pratique de la voyance. Seule, celles-ci furent officiellement interdites en concile à l'époque de saint Augustin et ce n'est que justice puisqu'elles privent effectivement tout être humain de son libre-arbitre quand il préfère se soumettre à "la fatalité" au lieu de relever les défis que lui propose son existence.

Christian FAGES

meditation coeurL'ange de l'astrologie invitant chacun
à méditer dans son cœur