Bible et Astrologie

La plupart des détracteurs chrétiens s’appuient sur certains passages de l'Ancien Testament interprétés littéralement pour expliquer la position officielle de l'Eglise catholique et condamner la pratique de l'astrologie. Il est pourtant notoire que la Bible n'est qu'une enveloppe dont les textes ont un contenu essentiellement symbolique. Elle peut être certes, lue avec l'œil du profane mais il est préférable d'avoir une attitude plus intérieure pour en comprendre le véritable sens.

 

 

image003Dieu bénissant Sa Création
Baptistère Saint-Jean à PADOUE

L'idéal est en effet de découvrir l’enseignement symbolique qui est en réalité caché entre les lignes. Les Hébreux comme les Docteurs de l'Eglise conviennent en effet que ces textes sont écrits sous le voile de l’allégorie, de l'énigme ou de la parabole et qu'ils renferment un tout autre sens que celui qui est suggéré par les apparences.

 

Oubliant cet aspect essentiel pour comprendre ce que proposent les Ecritures, ces opposants mettent en avant certains passages qu'ils ont choisis avec précaution dans le Deutéronome, où Moïse déclare par exemple : "Les peuples que vous allez déposséder écoutent les conseils de ceux qui pratiquent la magie ou la divination. Le Seigneur votre Dieu vous interdit d’agir ainsi." ou encore : "On ne devra trouver chez toi personne qui (...) emploie la divination ni magicien, ni quelqu'un qui cherche des présages (...) car quiconque fait ces choses est détestable pour Jéhovah." Le livre d’Isaïe (47/11-14) est également cité comme référence dans la mesure où le prophète s’adressant à Babylone, semble à priori conforter les détracteurs chrétiens lorsqu'il déclare : "Le malheur viendra sur toi, sans que tu en voies l'aurore ; la calamité tombera sur toi, sans que tu puisses la conjurer et la ruine fondra sur toi tout à coup, à l'improviste. Tu t'es fatiguée à force de consulter : qu'ils se lèvent donc et qu'ils te sauvent, ceux qui connaissent le ciel, qui observent les astres, qui annoncent d'après les nouvelles lunes, ce qui doit t'arriver ! Voici, ils sont comme de la paille, le feu les consume, ils ne sauveront pas leur vie des flammes." Les Babyloniens avaient certes divinisé la lune et adopté un calendrier où ils célébraient les nouvelle et pleine lunes mais ces fêtes jouent également un rôle important dans la mystique juive. Le même prophète a ainsi écrit (30/26) : "La lumière de la lune sera comme celle du soleil, et la lumière du soleil sera multipliée par sept" alors que le livre de Jérémie déclare de son côté :"Ne vous laissez pas troubler par les signes inhabituels que craignent les païens."

 

Dans le livre de l'Exode (32/1-35), on retrouve également des condamnations d'Israël pour son culte du veau d'or. Celui-ci représente le dieu égyptien Apis semblable à un taureau portant le disque solaire entre ses cornes. De tels rappels à l'ordre s'expliquent en réalité sur un plan astronomique par la fin de l'ère du Taureau et l'avènement de l'ère du Bélier rendant les cultes anciens obsolètes. Le passage du livre des Rois (17) désapprouvant l'adoration de Baal dieu phénicien du soleil, et d'Astarté, la déesse de la lune par le peuple hébreu, est également en lien avec le changement d'ère, condamnant en effet le retour à l'adoration du veau d'or. "Ils abandonnèrent tous les commandements de l'Éternel, ils se firent deux veaux en métal fondu, ils fabriquèrent des idoles d'Astarté, ils se prosternèrent devant toute l'armée des cieux et ils servirent Baal. Ils se livrèrent à la divination et se vendirent pour faire ce qui est mal aux yeux de l'Éternel."

Le prophète Jérémie condamna également l'idolâtrie et la divination, prédisant même un jugement divin qui frapperait Israël (8/1-2) : "En ce temps-là, dit l'Éternel, on tirera de leurs sépulcres les os des rois de Juda, ceux de ses chefs, des sacrificateurs, des prophètes, et des habitants de Jérusalem. On les étendra devant le Soleil, la Lune et toute l'armée des cieux, qu'ils ont aimés, servis, qu'ils ont suivis, recherchés et devant lesquels ils se sont prosternés."  Prenons soin cependant de ne pas conclure trop hâtivement puisqu'un peu plus loin, il est en effet précisé : "Ne vous laissez pas troubler par les signes inhabituels dans le ciel, que craignent les païens". Cette simple citation laisse en effet sous-entendre que si la divination est fermement condamnée, l'étude de l'astrologie n'est par contre nullement interdite.

Toute Bible correctement traduite de l'hébreu confirme cette réalité à celui qui sait lire entre les lignes. Elle accorde par exemple une place de choix dans divers récits à la constellation des Pléiades composée de sept étoiles. La plus importante, Alcyone signifiant la paix, est citée à plusieurs reprises dans le livre de Job. Au chapitre 38 (31/32) de ce livre, il est ainsi précisé que "Dieu a le pouvoir de nouer les liens des Pléiades ou de détacher les cordages de l'Orion".

image006Le roi David chantant la musique des sphères en compagnie d’un Ange
Cathédrale Saint-Mammès à LANGRES

image010Benjamin en charge de la tribu d'Israël
reliée au signe du Bélier

Abbaye SAINT-MICHEL-DE-FRIGOLET

 

Orion dont les trois étoiles du baudrier, Alnilam, Mintaka et Alnitak, portent le nom des rois mages depuis le XVIIème siècle, était une constellation majeure pour les Egyptiens qui la considéraient comme la demeure d'Isis, déesse de la Sagesse et des étoiles. Les Babyloniens percevaient les Pléiades comme le soleil central de notre galaxie et l'appelaient Temennu, la Pierre Fondamentale.

Quels que soient les textes de ces anciennes religions, l'astrologie ne fut jamais prise pour cible même si plusieurs prophètes ont explicitement condamné les arts divinatoires à diverses reprises. Ils s'alignaient simplement sur la volonté de Dieu qui interdit effectivement que l'on cherche à connaître son avenir cat cette démarche prive tout être de l'exercice de son libre-arbitre individuel. Il est donc légitime d'en déduire que ce qui est vrai pour la voyance ne l'est pas systématiquement pour l’astrologie. Malheureusement, par ignorance, le monde fait aujourd'hui un amalgame entre ces deux disciplines aux philosophies pourtant diamétralement opposées. Le culte des astres fut à l'origine de l'astrologie mais ce simple fait ne justifie pas à lui seul que cette confusion soit entretenue par l'Eglise. Certains chrétiens lui sont donc systématiquement hostiles sans raison véritable quand ils n'ont pas un avis péremptoire à l'encontre de ceux qui la pratiquent, . N'est-il pas en effet clairement précisé par exemple dans le livre de la Genèse (I-14) : "Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années." Dans le même livre (XV-5), le regard dvéritable que Dieu porte sur l’astrologie nous est confirmé par l'épisode où il invita Abraham à aller sous la voûte céleste alors qu'il s'inquiétait de ne pas avoir de descendance : "Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux les compter. Tes descendants seront comme une image de l’ordonnance des astres dans le ciel...Telle sera ta postérité." Enfin, rappelons-nous que Dieu souhaitant mettre son peuple à l'épreuve, instaura la gouvernance de douze juges qui seraient les libérateurs du peuple d'Israël quand cela s'avèrerait nécessaire. C'est ce que nous révèle le livre des Juges reflétant un cycle continu pour les Hébreux, des périodes de paix puis de décadence et des périodes de domination étrangère puis de repentir sous la direction d'un chef chargé de rétablir le culte de Dieu au sein des tribus.

Il appartient donc à chacun d'agir individuellement pour que de tels cycles n'adviennent  plus ,comme le fit Abraham qui ferma les portes de sa destinée en dépassant les limites  "karmiques" que son thème natal lui imposait. Cette victoire fut reprise dans le Talmud avec l'expression "en Mazal léisraël" c'est à dire "Israël n'est pas soumis à l'influence des astres". Elle invite en fait tout être humain à ne pas se soumettre à une existence dont le chemin est écrit à l'avance par le déterminisme astral. Jacob  luttant contre l'ange de la destinée, fut le premier à sortir vainqueur de son combat symbolique contre Dieu, nous invitant à en faire de même en luttant chaque jour pour grandir au lieu de subir une vie soumise au pouvoir inconscient de notre ego.

 Ce patriarche eut une destinée bien particulière au début de l'ère du Bélier, se mariant en effet successivement avec deux sœurs. L'aînée portait le nom de Léa qui en hébreu signifie "la vache", alors que la cadette s'appelait Rachel qui veut dire "brebis". Une nouvelle fois, nous est indiqué entre les lignes, le passage de l'ère du Taureau à l'ère du Bélier qui devait préparer la venue de l'Agneau de Dieu, annoncée par Jean le Baptiste peu de temps avant l'avènement de l'ère des Poissons. De ses unions diverses, Jacob eut douze fils ce qui, bien évidemment ne doit rien au hasard. S'en suivra en effet le récit hautement symbolique de Jacob qui bénit ses douze fils avant de mourir, précisant à chacun son rôle et la mission cosmique qui lui incombent.

La description de la mission de Juda dirigeant la tribu reliée au signe du lion dont seront issus le roi David et l'enfant Jésus, en est une des plus explicites. Le patriarche y nomme en effet les étoiles de l'astrologie perse pratiquée du temps de Zoroastre dont Regulus, l'étoile majeure de la constellation du Lion. Les douze fils se retrouvèrent chacun à la tête d'une des tribus d'Israël, avec femmes et enfants héritant de l'une des bénédictions. Les douze tribus d'Israël représentent  en réalité le peuple de Dieu en marche vers la Terre promise et sont très précisément décrites par la disposition  et l'ordre du camp hébreu accomplissant son exode à travers le désert du Sinaï. Le Livre des Nombres nous relate en effet comment le camp est organisé et comment il se met en marche selon un ordre précis commençant par l'Orient, c'est à dire symboliquement là "où le soleil se lève".

Cette ordonnance reçue de Dieu par Moïse, forme un dispositif en carré avec les douze tribus groupées en quatre camps distincts répartis autour de la tente de la Rencontre. "Les enfants d'Israël camperont chacun près de sa bannière, sous les enseignes de sa maison patriarcale. Ils camperont auprès de la tente de réunion. A l'avant, vers l'Orient, campera la bannière de Juda.., à ses côtés la tribu d'Issachar ...puis celle de Zabulon. Ils se mettront en marche les premiers. Au midi, la bannière du camp de Ruben.., à ses côtés la tribu de Siméon ...puis la tribu de Gad. Ils se mettront en marche les seconds. Ensuite, s'avancera la tente de réunion, le camp des Lévites au milieu des autres camps. A l'Occident, la bannière d'Ephraïm, à ses côtés la tribu de Manassé puis la tribu de Benjamin. Ils se mettront en marche les troisièmes. Au nord, la bannière du camp de Dan, à ses côtés la tribu d'Aser puis la tribu de Nephtali qui se mettront en marche les derniers."

Une fois la demeure érigée, les tribus firent une offrande à Yahvé pour la dédicace de l'autel soit "six chariots couverts et douze bœufs, un chariot pour deux princes et un bœuf chacun." Le sacrifice des bœufs nous confirme que le temps de l'ère du Taureau avec ses références religieuses est effectivement révolu. Les chariots sont symboliquement reliés aux six axes astrologiques et les bœufs aux douze signes. Pendant douze jours, les tribus défilent ainsi à raison d'un chef par jour qui présente l'offrande de l'ancienne influence zodiacale pour faire de la place aux énergies nouvelles lors de la première Pâque juive.

image024Les 12 Apôtres sous les 12 signes du zodiaque
Fresque du XIXème siècle
Abbaye SAINT-MICHEL-DE-FRIGOLET

image026

image028L’appel des étoiles
Cathédrale de STRASBOURG

 

Cet alignement sur la nouvelle ère sera confirmé un peu plus tard par un passage du livre de l'Exode (39-8) où sont détaillées les douze pierres précieuses que le Grand Prêtre d'Israël portera sur son grand pectoral.

Ces pierres symbolisent en fait les vertus divines qui devront être vécues par les douze tribus d'Israël avant d'être à nouveau citées dans l’Apocalypse de l'apôtre Jean. Semblant s’appuyer sur une connaissance approfondie de l’astrologie pour parler des phénomènes célestes reliés au futur de l’Humanité, celui qui fut le plus proche disciple du Christ, y décrira les fondements de la Jérusalem Céleste accessible par douze portes, elles-même gardées par douze anges. Auparavant, le Christ qui déclara dans ce même évangile "Je suis le chemin, la vérité et la vie", nous aura symboliquement indiqué la voie à suivre pour le rejoindre en s’entourant des douze apôtres qui dans le Nouveau Testament, remplacent les douze tribus d’Israël reliées aux anciennes Ecritures. Un peu plus tard, saint Paul créera l’école d’Athènes dont il confiera la direction à Denys l'aréopagite et l'astrologie y sera enseignée jusqu’à sa fermeture en l'an 529. Cela ne l’empêchera pourtant pas dans certains de ses épitres, de reprocher aux chrétiens la subordination de leurs activités quotidiennes aux mouvements de la lune. Bien des choses semblent donc apparemment contradictoires dans les Ecritures sauf si le lecteur se souvient que la plupart des textes sont des  allégories ou des paraboles qu'il lui appartient de déchiffrer pour en percevoir le véritable sens.

On ne peut donc que prudemment conclure qu’une simple lecture au premier degré des "Saintes Ecritures" ne permet en aucun cas d'affirmer que la pratique de l'astrologie fut catégoriquement  interdite par Dieu. Qui plus est, mettre en avant quelques textes choisis avec précaution dans l'Ancien Testament ne signifie nullement que rien n'est favorable à l'astrologie dans le Nouveau Testament. Elle était un art sacré dans l'Antiquité car les prêtres de l'époque savaient qu'elle permettait de connaître la volonté de Dieu et les passages de certains Evangiles ou de l'Apocalypse de Jean viennent étayer l'idée que la sagesse de l'astrologie était reconnue jusque dans les premiers siècles de la nouvelle ère des Poissons.

Combattue par certains et dénaturée par d'autres, l'Astrologie fut pourtant une des composantes majeures du Christianisme lorsque les premiers Pères de l'Eglise s'appliquèrent à mettre en forme la nouvelle religion. Mais qui s'en soucie aujourd'hui puisque tout le monde ignore malheureusement cette réalité !

Christian FAGES