La Basilique de Saint-Denis - partie 1

A quelques kilomètres de Paris, se trouve une basilique dédiée à saint Denys, principalement connue comme étant la nécropole des rois de France mais cette ancienne abbatiale occupe également une place particulière dans l'histoire du patrimoine mondial car elle fut le premier édifice construit selon les règles de l'art gothique.

Denys l'aréopagite décapité, cheminant vers sa sépultureDenys l'aréopagite décapité, cheminant vers sa sépulture

 

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Carte postale publiée par les éditions de la Cathédrale

A l'origine, Saint-Denis n'était qu'un modeste petit bourg implanté sur une ancienne voie romaine reliant Lutèce à Beauvais et sa fortune lui vint de Denys l'Aréopagite, disciple de Saint-Paul et évêque évangélisateur de la Gaule, qui fut martyrisé non loin de là sur la colline de Montmartre. La légende populaire, corroborée par de nombreux écrits, raconte le miracle de la céphalophorie après la décollation. Dès que la tête de saint Denis eut en effet touché le sol, celui-ci la ramassa et la tenant dans ses mains partit vers le nord sous la conduite d'un ange jusqu'à l'endroit choisi pour sa sépulture.

 

 

Il marcha ainsi pendant neuf kilomètres alors qu'une lumière éblouissante l'entourait et qu'il chantait des cantiques à la gloire de Dieu. Inhumé en secret dans ce petit village, un sanctuaire fut édifié à sa mémoire lorsque les persécutions cessèrent à l'encontre des premiers chrétiens et la popularité du saint grandissant au fil des siècles, le lieu prit de l'importance au Vème siècle avec la construction d'un monastère. Le village devint progressivement un centre intellectuel très connu grâce à son école religieuse, et commercial avec sa foire du Lendit qui à l'époque, était une des plus importantes de France. Cinq églises furent successivement construites sur le même lieu à l'initiative de certains rois de France qui embellirent progressivement celle qui fut une des plus riches abbayes du royaume durant de nombreux siècles.

La dernière église que chacun peut visiter aujourd'hui, est l'œuvre de Suger qui voulut que la basilique soit une parfaite illustration des œuvres du grand théologien grec qu'il vénérait sans limites. D'origine modeste, Suger était entré au monastère dès sa petite enfance avant de devenir l'ami intime du roi Louis VI puis le conseiller particulier du roi Louis VII. Ce dernier lui confia même la régence du royaume lorsqu'il décida de partir pour Jérusalem lors de la deuxième croisade. Une fois élu en 1122 à la tête de la riche abbaye dont il fût l'excellent gestionnaire pendant vingt-neuf ans, Suger entreprit de rénover l'ancienne église carolingienne qui avait été fortement endommagée par une attaque des Normands. « Dieu est Lumière et c'est dans sa lumière que l'homme trouve la vérité » disait en effet Denys l'Aréopagite. Il entreprit donc de bâtir une basilique à son image car il était fortement inspiré par les écrits de son maître qu'il avait traduits durant de longues années. Il imagina donc un lieu où la lumière du jour symbole de la clarté divine, pourrait pénétrer en permanence à l'intérieur de l'édifice afin d'inciter le visiteur à l'élévation intérieure.

Son édifice fut construit selon un style totalement nouveau avec la complicité des maçons d'Ile-de-France et sa méthode révolutionnera tellement le monde de la construction que l'abbé de Saint-Denis sera rapidement considéré comme le père du nouveau style gothique. Il dut cependant faire preuve de courage et de persévérance face à la pensée directrice omnipotente que Bernard de Clairvaux exerçait à l'époque sur l'ensemble des abbayes où prévalaient la pauvreté et le dépouillement propre à la règle de Saint-Benoît.

Vitrail de l'abbé Suger à la basilique de Saint-DenisVitrail de l'abbé Suger à la basilique de Saint-Denis

 

 La construction de la basilique par l'abbé Suger

La construction de la basilique par l'abbé Suger

 La visite de l'abbaye par le roi Dagobert

La visite de l'abbaye par le roi Dagobert

Le luxe de la conception architecturale de l'abbé Suger révélait donc une forme de spiritualité à l'opposé des règles monastiques de l'époque, empreintes de dénuement et de simplicité. Son maître à penser était Denys l'Aréopagite dont la théologie s'articulait autour de la Trinité et Suger voulait faire passer la lumière qui luit dans les ténèbres afin de représenter l'Esprit au cœur de sa basilique alors que ce principe était considéré comme hérétique depuis le Concile de Constantinople de l'an 869.Suger eut la prudence d'affirmer ses conceptions nouvelles en soulignant le sens sacré de sa démarche et il ne fut jamais attaqué directement. Il osa même déclarer à une époque où la connaissance ne circulait que par le support des manuscrits recopiés dans les monastères qu'une église devait être un véritable livre de pierre enseignant aux fidèles, analphabètes pour la plupart.

 

"Que chacun suive sa propre opinion. Pour moi, je déclare que ce qui m'a surtout paru juste, c'est que tout ce qu'il y a de plus précieux doit servir par-dessus tout à la Gloire de Dieu." Il utilisa donc pour la première fois les possibilités de la voûte croisée d'ogives pour remplacer de nombreux pans de mur par de très larges baies habillées de grands vitraux afin que la mystique de la lumière puisse se lire dans la transparence de chaque ouverture et le jeu sans cesse changeant des couleurs.

Celui qui cherche Dieu ne peut qu'être touché par 1'appel de la lumière traversant les vitraux lorsqu'il contemple les rosaces de pierres et de verres pareilles à de grands mandalas offrant l'essence d'une sagesse rayonnant sous les rayons chatoyants du soleil. Ainsi apparut à Saint-Denis la première fenêtre-roue au-dessus du porche d'entrée, préfigurant les grandes rosaces gothiques qui chacune à leur manière, rappelleront la grande roue de la destinée humaine. Ici, elle est encadrée par la croix fixe du zodiaque. Ces quatre symboles astrologiques, le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau, entoureront fréquemment le Christ en gloire au portail de nombreuses cathédrales. Ils représentent les quatre évangélistes dont la tâche fut de révéler l'enseignement donné par le Messie au cours de ses trois années de vie sur Terre.

Encadrant pour la première fois une rosace en façade d'une église, ces symboles invitent chaque pèlerin à cueillir intérieurement la rose de son cœur pour progresser sur le chemin de l'amour et rayonner un jour, l'essence de son identité spirituelle. Les quatre signes fixes du zodiaque astrologique nous montrent en effet la voie à suivre pour atteindre ce but : le Taureau de saint Luc symbolise la guérison indispensable de l'égoïsme en chacun pour que la Terre devienne un jour une matrice sacrée permettant à l'âme humaine de s'exprimer ; le Lion de saint Marc nous révèle le courage du cœur nécessaire à l'émergence de la créativité inspirée propre à chaque individualité ; le Scorpion devenu l'Aigle de saint Jean appelle aux remises en questions indispensables pour la révélation de l'essence divine en chaque être ; enfin l'Homme-Ange relié au Verseau de saint Mathieu nous invite à expérimenter librement l'incarnation pour la transmuter en lumière et devenir un membre des futurs êtres divins de la dixième hiérarchie spirituelle.

Le signe du TaureauLe signe du Taureau
Le signe du LionLe signe du Lion
Détail de la fenêtre roue en facade ouest

 

Tableau de Denys l'aréopagite à la cathédrale Notre Dame de ParisTableau de Denys l'aréopagite
à la cathédrale Notre Dame de Paris

 

L'importance de l'abbaye d'origine fut majeure du VIème jusqu'au XIème siècle. Son rayonnement spirituel était essentiellement basé sur la transmission de l'enseignement de Denys l'Aréopagite au sein d'une petite école fort active. Celle-ci perdurait la sagesse du Christianisme originel en s'appuyant sur une connaissance des réalités du monde spirituel. La source de ce savoir provenait de la vision platonicienne du monde qui privilégie la connaissance directe de la vérité par opposition à la vision aristotélicienne qui s'appuiera à partir de la Renaissance sur la seule connaissance scientifique. Par son baptême athénien et sa consécration épiscopale romaine, Denys avait fait en effet le pont entre la sagesse du monde grec et celle du monde latin, entre la chrétienté byzantine et la tradition romaine.

L'école de l'abbaye était donc une des toutes premières manifestations en Europe Occidentale de la voie spirituelle issue de l'école d'Athènes fondée par saint Paul et les élèves y recevaient un enseignement transmis uniquement sous forme orale. Les connaissances initiatiques issues des temps anciens s'alliaient à la méditation propre à la vie monastique avec un cheminement visant la transformation intérieure et graduelle des étudiants par une confrontation quotidienne au monde extérieur. Cette voie d'évolution nouvelle qui allait être à la source de la sagesse ésotérique chrétienne, ne s'appuyait pas sur les dogmes officiels mais sur les compréhensions issues des expériences propres à chaque étudiant développant progressivement en lui de nouvelles formes d'expression de l'amour. A partir du XIème siècle, l'école de Denys fut cependant progressivement éclipsée par la notoriété de Chartres.

 

Sa cathédrale qui abritait la relique du voile de la Vierge Marie, avait été construite par l'évêque Fulbert et attirait de nombreux pèlerins alors que la réputation de son école dépassa rapidement les frontières de notre pays. De nombreux étudiants vinrent en effet des quatre coins de l'Europe pour suivre l'enseignement des plus grands maîtres de l'époque comme Bernard Silvestre évêque de Quimper, Bernard de Chartres ou Jean de Salisbury. L'abbaye garda malgré tout une place privilégiée dans le royaume de France car saint Denis bénéficiait d'une grande ferveur populaire tout en étant considéré comme le saint patron et le protecteur de la couronne. Toutes les reines y furent d'ailleurs couronnées jusqu'à Catherine de Médicis en 1610.

L'abbatiale devint également une nécropole royale du jour où Dagobert 1er, mort en 639, souhaita être enterré non loin de la sépulture de saint Denis à qui il vouait une dévotion particulière. Celui-ci était en effet persuadé qu'être enterré près du saint lui assurerait le salut éternel. Cette croyance perdura et devint une tradition royale. La légende enrichie par les nombreux miracles donna progressivement à Denys le statut de saint national, aux cotés de saint Martin, apôtre des Gaules et évêque de Tours au IVème siècle, de saint Rémi apôtre des Francs et archevêque de Reims qui baptisa Clovis vers 496, et de sainte Geneviève patronne de Paris qui protégea la ville contre l'invasion des hordes barbares d'Attila. De nos jours, la basilique est essentiellement connue en tant que sépulture des rois de France, le grand public lui préférant Notre-Dame de Paris qui est considérée comme la cathédrale de la France toute entière.

On ne peut cependant passer sous silence le travail important que les moines entreprirent dans le silence de leur bibliothèque pour traduire l'œuvre de Denys du grec en latin. C'est en effet grâce à eux que cet enseignement ne fut pas dénaturé par une église officielle qui commença à s'éloigner du Christianisme originel dès le VIème siècle. Qui sait diriger son regard peut percevoir l'essence de cette sagesse à travers les nombreuses sculptures ou certains vitraux de la basilique, témoins d'une connaissance endormie mais toujours présente, où l'astrologie tient une place importante.

Le signe du BélierLe signe du Bélier
Le signe du CapricorneLe signe du Capricorne
Les signes du zodiaque au portail ouest

 

Rosace du zodiaque restaurée au XIXème siècle
Rosace du zodiaque restaurée au XIXème siècle

Figurant en effet au transept sud de la basilique au cœur de la grande rosace restaurée au XIXème siècle par Viollet le Duc, les signes du zodiaque sont également représentés à l'extérieur de part et d'autre du portail gauche de la façade ouest de la basilique. Ils y sont accompagnés par le cycle des mois et le connaisseur pourra y découvrir certaines activités originales comme le fait de veiller auprès du feu en février ou encore de planter des arbres au mois de mars. Bien plus surprenant par contre, un petit détour par la première chapelle du déambulatoire nord permet de découvrir un vitrail posé au XXème siècle et représentant le baptême du Christ accompagné par les signes du zodiaque, avec deux petites rosaces représentant les quatre éléments reliés à l'astrologie que sont le feu, la terre, l'air et l'eau.

 

Le signe du VerseauLes signes du Verseau et des Poissons
Le signe des Poissons 

 

Enfin, un carrelage rosé représentant un chemin du zodiaque posé au XIXème siècle entre les deux autels du chœur de la basilique est à nouveau visible après avoir été caché par une épaisse moquette durant de longues années. De quoi étonner tout lecteur attentif si on se souvient une nouvelle fois que l'astrologie fut officiellement ou théoriquement "condamnée" par l'Eglise à diverses reprises.

C'est dans les actes des apôtres de saint Paul que se trouve relaté pour la première fois le nom de Denys l'Aréopagite. Il était un des membres éminents du conseil des sages qui à Athènes, rendait ses arrêts à l'Aréopage. Il était également un grand astrologue initié aux Mystères de Dionysos enseignés à l'école d'Eleusis, et comme tel vénéré comme un être proche de Dieu. Hormis les disciplines sacrées comme les mathématiques ou l'astrologie qui étaient transmises dans cette école depuis le IVème siècle avant Jésus-Christ, les étudiants y apprenaient également la réalité de la future incarnation du Christ, fils de Dieu fait homme, et l'évolution spirituelle profonde que cela signifierait pour l'humanité.

La rencontre de Denys avec saint Paul fut un des évènements majeurs de sa vie, le vibrant témoignage de l'évènement de Damas aux Athéniens réunis à l'Aréopage ayant en effet bouleversé tout son être intérieur. Le jour de la Passion du Christ à Jérusalem, la Tradition le situe à Héliopolis, le lieu de la lumière, où se trouvait un ancien centre des Mystères. Faisant l'expérience intérieure des évènements du Golgotha sans en comprendre toute la signification, Denys avait cependant ressenti que l'éclipse de Soleil plongeant brusquement le ciel dans les ténèbres, avait présagé en réalité l'avènement futur d'un dieu inconnu qui illuminerait un jour le monde entier. Aussi lorsque saint Paul dans son discours révéla que le Dieu que les sages athéniens attendaient, s'était fait homme avant de mourir et de ressusciter le troisième jour, Denys se reliant à ses méditations, sut que saint Paul parlait vrai, ressentant soudain que celui qu'il cherchait jusqu'à ce jour à l'extérieur se trouvait désormais présent dans son cœur.

Extrait des Actes des apôtres

"Alors Paul, debout au milieu de l'Aréopage dit : Athéniens, je vois que vous êtes des gens très religieux à tous points de vue. En effet comme je parcourais votre ville et regardais les monuments qui servent à vos cultes, j'ai même trouvé un autel sur lequel est écrit : "Au Dieu inconnu".

Eh bien, ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, je viens vous l'annoncer. Puisque le Dieu qui fit le monde et tout ce qui s'y trouve est lui-même Seigneur du Ciel et de la Terre, il n'habite pas dans des lieux saints construits par l'homme. Il n'a pas besoin non plus que les hommes s'occupent de lui fournir quoi que ce soit, car c'est lui qui donne à tous les hommes la vie, le souffle et toutes choses... Il a fait cela pour qu'ils cherchent Dieu et qu'en essayant de se rapprocher de lui, ils puissent le trouver. Car en réalité, il n'est pas loin de chacun de nous... Dieu ne tient plus compte du temps où les hommes étaient ignorants mais maintenant il appelle tous les hommes en tous lieux, à changer de vie car il a fixé un jour où il jugera le monde avec justice par un homme qu'il a désigné. Il en a donné la preuve à tous en le ressuscitant des morts.

Alors, quand ils entendirent parler de la résurrection des morts, certains se moquèrent mais d'autres dirent : Nous t'entendront à nouveau à ce sujet ...C'est ainsi que Paul les quitta mais quelques hommes s'étaient joints à lui et étaient devenus croyants, parmi eux Denys l'Aréopagite et une femme nommée Damaris".
La veillée au coin du feu en févrierLa veillée au coin du feu en février
Planter des arbustes en marsPlanter des arbustes en mars
Portail des travaux des mois

 

L'école d'Athènes peinte par Raphaël au palais du Vatican
L'école d'Athènes peinte par Raphaël au palais du Vatican

Les années suivantes Denys suivit assidûment l'enseignement de l'apôtre au point de devenir son plus proche disciple. Souhaitant parcourir le bassin méditerranéen pour y fonder de petites communautés chrétiennes, saint Paul chargea Denys d'ouvrir une école à Athènes dont la renommée en fit rapidement la référence de tous les courants chrétiens voulant se différencier de la doctrine autoritaire de l'Eglise. Son rayonnement spirituel fut tel que pendant une dizaine de siècles, un grand nombre d'élèves furent appelés au titre de conseillers particuliers auprès de certains papes, empereurs et rois aux quatre coins de l'Europe. Jules II, pape érudit, astrologue et grand bâtisseur de la basilique saint Pierre de Rome, passa même une commande à Raphaël pour qu'il lui peigne une vaste fresque représentant l'école d'Athènes, que chacun peut contempler de nos jours au Vatican dans la "chambre dite de la signature".

 

Denys condamné au mont Mercure par le préfet FescenniusDenys condamné au mont Mercure par le préfet Fescennius

 

Durant son séjour en France, Denys fut accusé d'être un magicien et arrêté avec ses compagnons sur ordre du préfet Fescennius Sisinnius, envoyé par l'empereur Domitien pour persécuter les chrétiens. L'abbé Hilduin de Saint-Denis prétendra au IXème siècle contre toute vraisemblance qu'ayant refusé d'abjurer leur foi, ils furent exécutés en l'an 96 sur la colline dédiée au dieu Mercure, devenue depuis lors le "Monts des martyrs" à l'origine de Montmartre (Mons martyrium).

Le bourreau l'ayant décapité au moyen d'une hache, la tête de saint Denis toucha naturellement le sol mais celui-ci la ramassa et la tenant dans ses mains, marcha en direction du nord. De nos jours, le chemin qu'il parcourut peut être emprunté par ceux qui le souhaitent puisqu'il suffit de partir du lieu du supplice proche de l'actuelle place du Chatelet en empruntant la rue Saint Denis jusqu'à la plaine de Saint Denis située au nord de Paris. A l'époque du martyr, la légende raconte qu'une femme du nom de Catulla arrêta les soldats qui devaient jeter le corps de ses compagnons dans la Seine pour leur offrir à boire dans l'unique dessein de les endormir et de pouvoir inhumer les suppliciés dans son champ. Son travail accompli, du blé poussé miraculeusement substitua les tombes au regard des soldats.

Lorsque les persécutions cessèrent, Catulla fit réunir les trois corps et éleva un sanctuaire à leur mémoire. Celui-ci devint de plus en plus connu pour les nombreux miracles qui s'y produisaient et la ferveur populaire s'amplifiant, sainte Geneviève patronne de Paris, y fit construire une église en l'an 475. Quelques siècles plus tard, une grande et belle abbaye s'était développée en ce lieu. Une protection royale fut même accordée à l'abbaye par le roi Dagobert 1er, et la petite église dut être agrandie pour accueillir les pèlerins avant même que le roi ne choisisse de venir reposer près de saint Denis, lorsqu'il mourut en l'an 639.

Le lieu devint alors tout naturellement une nécropole et à partir d'Hugues Capet, tous les rois et reines de France ainsi que leurs enfants y seront inhumés avec quelques grands serviteurs du royaume comme le connétable Bertrand Du Guesclin par exemple. La canonisation de Louis IX renforça le prestige et l'importance de l'abbaye. La ferveur populaire pour saint Denis s'amplifia une nouvelle fois par son association à saint Louis et permit au pouvoir royal d'asseoir sa légitimité en la faisant passer comme issue de droit divin. Progressivement, l'église des Vème et VIème siècles se transforma en une riche abbaye, lieu de culte privilégié pour la famille royale puisque Denys était devenu le saint patron veillant à la destinée des rois. Sous le règne de Louis de Pieux, Hilduin abbé de l'abbaye rédigeant en l'an 865 une nouvelle Passion de Denys, tente de faire une synthèse des Traditions d'Orient et d'Occident car il est intimement convaincu que les deux Denis ne sont en réalité qu'une seule et même personne. Il affirme donc que "son Denis" est bien Denys l'Aréopagite, le grand sage, philosophe et astrologue qui dirigea l'école d'Athènes avant d'être converti au Christianisme par l'apôtre Paul qui le consacra évêque.

Les écrits de Denys contribuèrent au développement d'une conception originale du Christianisme car astronome et astrologue avant sa conversion, il affirmait notamment dans Les Hiérarchies célestes : "Comme le soleil pénètre toutes les choses de sa lumière, Dieu se répand en natures, en énergies actives et en êtres intelligents qui lui doivent d'être ce qu'ils sont. Cette illumination divine se développe par degrés et engendre une hiérarchie qui définit à la fois la place que chacun occupe et la fonction que chacun reçoit d'en haut pour la transmettre en dessous de lui."

Denys l'aréopagite étudiant les étoiles (enluminure d'un manuscrit de la BNF)Denys l'aréopagite étudiant les étoiles
(enluminure d'un manuscrit de la BNF)

 

 

Saint Denys remettant l'oriflamme à Henri de Metz, maréchal de France - Vitrail de la cathédrale de ChartresSaint Denys remettant l'oriflamme
à Henri de Metz, maréchal de France
Vitrail de la cathédrale de Chartres

 

Selon le même ouvrage rédigé par Hilduin, le pape Clément confiera à Denys la mission d'évangéliser la France et c'est à ce titre que l'abbé le considérait comme l'apôtre de la Gaule. Avantage politique et financier non négligeable d'une telle "affirmation historique", l'abbaye royale de Saint-Denis échappait dès lors au pouvoir de l'évêché de Paris et n'avait plus aucun compte à lui rendre. Des tensions opposèrent alors régulièrement l'évêque de Paris et les moines de Saint-Denis à propos de la légitimité du culte de saint Denys mais l'abbaye fit finalement valoir ses droits grâce au soutien de la royauté franque, notamment du roi Dagobert Ier qui multiplia les donations en faveur des moines.

Dès lors, le roi institua une tradition qui perdurera jusqu'à la Révolution Française. C'est en effet en ce lieu qu'étaient gardés les insignes régaliens nécessaires au sacre des rois et des reines de France : la couronne, le sceptre, l'épée, la main de justice et l'anneau symbole de l'union entre le souverain et son peuple.

L'abbaye fut également la gardienne attitrée de l'oriflamme levé par le souverain lorsqu'il partait en guerre pour défendre le royaume. La tradition raconte qu'il avait servi à recueillir le sang de saint Denis et qu'il était brandi avant chaque bataille par Jeanne d'Arc au XVème siècle, devant les soldats qui s'écriaient alors "Montjoie, saint Denis".

Ces divers liens seront cependant la cause de ses malheurs puisque l'abbaye fut saccagée avec un acharnement tout particulier en 1793, avec plus de soixante dix tombeaux royaux profanés parce qu'ils représentaient un pouvoir à l'origine des souffrances du peuple

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Christian FAGES